“On pensait que le photovoltaïque, ce ne serait jamais possible. Et nous avons surmonté ça” : Wolfgang Palz, pionnier européen du photovoltaïque

17 février 2020

Le Dr. Wolfgang Palz est l’un des pionniers du photovoltaïque en France et en Europe. Il a été responsable du programme photovoltaïque du Centre national d’études spatiales (CNES) dans les années 1970, avant de diriger le programme photovoltaïque de la Commission européenne pendant vingt ans. Il est le fondateur de la Conférence européenne sur l’énergie solaire photovoltaïque et du Prix Becquerel, qui récompense chaque année “le mérite scientifique, technique ou managérial dans le développement de l’énergie solaire photovoltaïque”. Il nous raconte l’épopée de cette source d’énergie en Europe, sous les auspices d’Edmond Becquerel.
Que représente la figure d’Edmond Becquerel dans votre travail ?

Edmond Becquerel a découvert l’effet photovoltaïque en 1839, à 19 ans. En France, il a été complètement oublié. Ce sont les Anglais qui l’ont redécouvert, et plus précisément l’un de mes amis, professeur à Newcastle, dans les années 1980. À l’époque, j’étais responsable du programme de développement du photovoltaïque à la Commission européenne, qu’on avait imaginé sans avoir aucune référence à Becquerel. Et donc en 1989, pour le 150e anniversaire de la découverte de l’effet photovoltaïque, mon ami convainc la BBC de faire une émission là-dessus. Et au nom de la Commission européenne, j’ai créé la même année le Prix Becquerel.
C’est aussi dans les années 1980 que vous participez au lancement de l’EPIA (European Photovoltaic Industry Association, renommée SolarPower Europe en 2015), et que vous fondez la Conférence européenne sur l’énergie solaire photovoltaïque. Était-ce une période foisonnante pour le photovoltaïque en Europe ?

C’était le temps des pionniers : le marché du photovoltaïque aujourd’hui est de 600 000 mégawatts, à l’époque il était de 50 mégawatts, et pratiquement restreint aux satellites. Nous pensions qu’il pouvait y avoir des applications terrestres : dès 1973, alors qu’en tout et pour tout le photovoltaïque représentait 1 mégawatt, nous avons organisé à Paris un grand congrès mondial de la recherche, “Le Soleil au service de l’Homme”. On avait ces idées, mais c’était bloqué parce que le photovoltaïque était trop cher.
Et puis en Allemagne, mon ami Hermann Scheer, élu du SPD au Bundestag, a été d’une importance fondamentale pour le démarrage du photovoltaïque. Il fallait une initiative politique pour sortir de ce cercle vicieux où le photovoltaïque est trop cher, donc il faut une production de masse pour réduire les coûts, mais ce n’est pas possible car c’est trop cher. Nous, on était la clique des pionniers, mais le marché ne pouvait pas démarrer sans l’intervention d’un politique. Hermann Scheer, en 2000, a convaincu Schröder de lancer la loi allemande sur les énergies renouvelables (EEG – Erneuerbare-Energien-Gesetz), dont le principe était que toute l’électricité produite avec le photovoltaïque, si elle était injectée dans le réseau, était payée à un prix préférentiel pour que ce soit compétitif. Ça a tout changé, ça a lancé le marché et la production de masse.
À quoi ressemble aujourd’hui le photovoltaïque en Europe ?

Jusqu’en 2016, l’Allemagne avait le plus grand parc mondial, avant même la Chine. D’autres pays l’ont suivie, comme l’Espagne et l’Italie, qui a aujourd’hui le plus grand parc du monde par tête. La France, elle, a toujours été hésitante : aujourd’hui, le marché français représente 10 000 mégawatts, contre 50 000 pour l’Allemagne qui a 20 à 30 % moins de soleil qu’en France.

À partir de 2012-2013, la concurrence a commencé doucement, puis de plus en plus fort en Angleterre, en Chine, au Japon, toujours sur le même modèle que l’EEG et ses tarifs préférentiels. Ceux qui ont réussi le plus ce sont les Chinois, qui ont le plus grand marché du monde, avec 200 000 mégawatts. La Chine est aussi le plus grand fabricant de piles et modules, ils ont presque l’exclusivité, et ils le font à partir de silicium qui est un matériau extrêmement courant dans la croûte terrestre, donc sans restrictions. Pour reprendre la main, on peut travailler sur d’autres matériaux, comme le propose Daniel Lincot. Mais on peut aussi faire comme la Californie, qui fait moins de photovoltaïque que l’Allemagne mais a décidé cette année que le solaire serait obligatoire sur tous les nouveaux bâtiments. Pourquoi on ne fait pas ça en France ? Il faut lancer avec force le marché des systèmes complets : le module n’est pas tout, et il n’y a pas assez de compétition en France pour faire baisser les coûts de l’installation.
Quel rôle doit jouer le photovoltaïque dans la transition énergétique ?

Aujourd’hui, avec l’industrialisation de masse, le photovoltaïque est la moins chère de toutes les sources d’énergie sur le marché, et c’est devenu un marché global. L’EGG allemande a été établie en 2000 pour une durée de vingt ans, donc cela se termine et il faut trouver autre chose pour continuer de soutenir le développement. Il y a d’abord l’autoconsommation : l’EEG supposait que toute l’électricité produite soit injectée dans le réseau, maintenant on peut la consommer soi-même et ce courant-là est moins cher que celui qui vous est vendu, dans tous les cas. L’autre piste, c’est le PPA, le power purchase agreement entre de gros producteurs et de gros consommateurs, à des prix préférentiels.

Tout ça est en train de se passer maintenant, et c’est passionnant car on pensait que le photovoltaïque, ce ne serait jamais possible. Et nous avons surmonté ça. C’est aussi pour ça que quand on a lancé le Prix Becquerel, on en a également fait une affaire de communication en le liant à notre conférence annuelle. Chaque lauréat est applaudi par 1000 à 2000 personnes lors de notre séance d’ouverture : cela le rend visible, et puis pour les nombreux jeunes qui assistent à notre conférence c’est bien de voir quelqu’un qui est pionnier, c’est un encouragement.
Le Symposium Edmond Becquerel se tiendra le 24 mars 2020 dans l’amphithéâtre Farabeuf, 15 rue de l’École de médecine, 75006 Paris, près du Muséum national d’Histoire naturelle où étaient situés le laboratoire et la maison d’Edmond Becquerel.

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